vendredi 14 novembre 2008

Eggs and Bacon


BACON, c'est très anglais tout ça. En tranche, le matin avec des oeufs brouillés. Un thé et quelques toasts.

Oui mais ce Bacon là se prénommait Francis et était Irlandais (1909-1992).

J'ai visité au Tate Britain une exposition rétrospective dédiée à son travail. Je crois qu'il suffit de regarder l'atelier d'un artiste pour comprendre son univers; comme l'envers d'un décor, les toiles ne sont plus qu'une devanture. L'atelier de Bacon était un vrai capharnaüm, de vieilles palettes, des pinceaux, de la peinture sur les tables, jonchant le sol, partout...On imagine alors facilement Bacon tellement absorbé par son travail, que ce qui l'entourait n'avait plus aucune importance.

On connait surtout les triptyques du peintre, les distorsions qu'il impose aux corps et aux visages, ces carcasses rouges violacées qui piquent la rétine. Face aux toiles de Bacon, que je ne reconnais pas quand je regarde une photo (manquent le côté impressionnant du grand format et les effets de matière) j'ai eu le sentiment qu'il avait assimilé tout ce que l'histoire de l'art avait pu produire, l'avait réinterprété en y ajoutant son vécu et recraché sur la toile.

Inspiré par Velàzquez, il peint une série de portraits du pape Innocent X dont le visage hurle on ne sait quoi (on pense alors au Cri de Munch) et dont le corps semble enfermé derrière des barreaux que seule la peinture rend visible, ou bien les membres se dissolvent sous des coups de pinceaux violent. Empâtements, transparence, rendre l'effet d'un clair obscur simplement en superposant des aplats de couleur...La diversité des techniques présentes sur une seule toile est impressionnante.

Inspiré par Van Gogh, il réinterprète une de ses toiles en utilisant des couleurs pures. Expressionniste à tendance fauviste en somme, s'il faut tenter de mettre des mots sur une oeuvre.

Les surréalistes sont passés par là, et Bacon aussi développe son propre langage symbolique et onirique. On remarque les motifs récurrents de la flèche (qui n'indique jamais aucune direction), de l'ampoule, ou bien de l'interrupteur (peut-être une matérialisation de l'inspiration ou des idées de génie?), de la chaise, du parapluie, du miroir...
C'est aussi un espace confiné qui se dessine à l'intérieur de la toile. Des lignes géométriques semblent délimiter des boites en verres qui renferment des Hommes, des animaux ou des paysages. Ce cercle là semble être une arène où Bacon torturé sur sa chaise attend qu'on lâche les lions; ou bien est-ce là qu'un taureau qui tourne indéfiniment en rond joue sa propre corrida. Un espace clos, comme un appartement, une femme étendue sur un lit, un homme assis sur un tabouret, comme un spot qui met en lumière un quotidien qui semble angoissant d'un coup...

Ajoutez une pincée de cubisme. Bacon multiplie les angles de vue, et les visages semblent taillés à la hache, comme des masques hideux posés sur le visage de ceux qu'il fréquentait. De multiples portraits de son ami Dyer, qui fût bien plus que ça. Car Bacon c'est aussi le scandale d'une homosexualité qui s'exhibe sur la toile. Des nus masculins alanguis dans cette cage de verre au milieu d'un néant obscur.

Les corps s'effacent, pourraient se confondre avec les carcasses d'animaux qu'il expose et crucifie. Les membres fondent, dégoulinent et deviennent une pâte rose informe. Le modelé de la chair est à la fois doux et violent, très sculptural, inachevé mais abouti en même temps.
Bacon c'est les contrastes. La couleur et la lumière, la particulier et l'universel, la ligne nette et le flou artistique. Les triptyques inversent l'ordre des choses, le profane devient sacré, le sacré est démystifié.

« I would like my pictures to look as if human being had passed between them, like a snail, leaving a trail of the human presence and memory trace of past events, as the snail leaves its slime. » (Bacon)

jeudi 13 novembre 2008

CCTV IS WATCHING YOU


Pauvres de Londres, avachis sur les trottoirs, en bas des immeubles des quartiers bourgeois. Et vous regardez passer les gens, pressés qui claquent du talon. Ne baissent pas le regard.
Personne n'aime regarder la misère dans les yeux.
Pourtant, CCTV is watching you, pauvres de Londres. Vos toiles de tente sur l'herbe grasse de Westminster, où les touristes aux poches pleines de liasses affluent. Moi aussi, je baisse le regard et fait mine d'être pressée.
Only CCTV is watching you et vous laisse crever, votre dignité en haillon sous la pluie de Londres.

*La chanson qui va bien : Karma police (la police de la pensée), Radiohead.

13.11.2008


J'ai pété mon câble. Et après, ça allait mieux.

C'était une de ses journées, où dès le réveil, un poids invisible vous accable. Je me sentais mal, sans savoir pourquoi. J'avais envie de pleurer en marchant dans ces tas de feuilles mortes. Et je savais pas pourquoi. J'en était au stade du « d'où viens je? Qui suis-je? Où vais-je? »...Mais c'était définitivement pas un jour où les réponses tombent du ciel. Et moi, je me demandais ce que je foutais à Londres sous la pluie.

J'étais aigrie même. J'en avais marre de travailler. Le dimanche avait été rude: servir le sunday roast, travailler de midi à 11h, un boss bourré sur les bras à la fin. Le lundi, je suis allée chercher ma paye, trop maigre à mon goût. Et j'étais dégoutée de ne pas avoir d'interlocuteur, « va voir le boss » ils disent. Mais il est absent, physiquement, ou mentalement de toutes façons. « Les taxes, les taxes, les taxes ». Je me demande si c'est ça qui explique que je travaille avec acharnement pour gagner si peu. (Enculés de libéraux.)

J'en avais marre de cette guerre froide à la con dans l'appart. Un rideau de fer au milieu de la cuisine. Le bloc de l'Est (des chapatis) contre le bloc de l'Ouest...Y en a qui ne retiennent rien de l'Histoire. De toutes façons, ces colocataires là n'ont aucune éducation, je ne sais pas comment je pourrais leur en vouloir.
J'ai punaisé une carte du monde dans la cuisine et Ijazz croyait que c'était seulement l'Europe et l'Asie. Comme il ne sait pas lire, ou de façon douteuse, il n'a pas su situer sa ville d'origine sur la carte. Et a confondu la Russie et le Canada. Triste monde tragique j'ai envie de dire...

J'ai pété mon câble donc, et j'ai appelé au travail mardi soir pour dire que j'étais malade. C'était faux bien entendu. J'étais juste pas d'humeur à être professionnelle.

Puis j'ai dormi douze heures. Et ça allait mieux.

samedi 8 novembre 2008

07.11.2008


Vis ma vie avec des porcs.

Les gens sont injustes.
Sous notre toit il y a des pakistanais. Alors on tente de faire preuve d'ouverture d'esprit. On tolère les odeurs de chapatis et curry matin, midi et soir. On tolère la vieille bouteille à côté des toilettes (dis-moi comment tu te torches, je te dirai qui tu es. Ils utilisent la main gauche, la droite c'est pour manger). On (« on » c'est Delphine et moi) accepte leur jemenfoutisme, les poubelles pleines, les assiettes mal lavées. On attend pas qu'on nous dise merci pour le ménage. On nettoie les éclats de merde sur les murs (on se demande encore comment c'est possible).
Mais depuis hier c'est la guerre.
L'un d'eux est allé se plaindre à la proprio, soit disant qu'on ne fait jamais la vaisselle. Ok, c'est peut-être ma seule chose qu'on laisse traîner (mais jamais plus d'une demi-journée).

Donc je n'ai pas assisté à ça, mais hier soir Delphine s'est « expliquée » avec un des porcs; match arbitré par Chrsitina (la propriétaire). De toutes façons, elle sait bien qu'avant qu'on soit là, l'appart était un taudis. Donc, Delphine a gentiment suggéré de virer de l'appart les deux gars d'en bas qui sont gras et ingrats. On verra. En attendant, on a décidé de ne plus faire le ménage pour que Christina puisse constater dans quel état de décrépitude est l'appart quand on ne s'en occupe pas...Et Ijazz, pakistanais qui bosse au restaurant français se sent le cul entre deux chaises; il ne veut pas critiquer ses congénères ni prendre parti pour le clan des frenchies maniaques. Du coup, il a dit qu'il pensait partir...Super ambiance en ce moment.

Si on était riches, on pourrait se payer de vrais appartements, entretenus et habités par des gens qui connaissent le sens du mot « savoir-vivre ». Mais là, j'y compte plus trop venant de leur part...

Sinon, sans transition, je me suis inscrite sur les listes du GP. Le docteur. Donc, une fois que le dossier est ouvert, le patient peut demander une consultation. C'est gratuit mais il faut attendre son tour. Idem pour les opérations. Je suis en parfaite santé, mis à part mon doigt coupé en phase de rémission, mais mieux vaut prévenir.

Niveau formalités, avec Delphine on fait aussi les démarches pour avoir un National Insurance number. Ce dernier est délivré après passage d'un entretien (pour vérifier les connaissances en anglais, informer les travailleurs sur leurs droits...); ensuite le job center (équivalent de l'ANPE) peut nous aider à trouver du travail. Un meilleur travail. Ce qui permettrait de trouver un meilleur appartement. Avec des colocataires dignes de ce nom.

jeudi 6 novembre 2008

05.11.2008


Hier j'étais off. Kashia aussi. Du coup elle m'a proposée d'aller jogger avec elle au parc d'à côté. Elle n'a pas l'habitude de courir, moi non plus je dois avouer mais on avait au moins la motivation de notre côté...Au bout de 5 minutes elle était déjà écarlate; 10 minutes elle enlevait son sweat; 15 minutes voulait s'arrêter mais je l'encourageais; 20 minutes elle marchait. Ce fût bref mais intense. Expérience à renouveler; toutes les semaines si on a pas trop la flemme...

Il y a un bouquet sur la table de la cuisine; probablement venant d'un admirateur de Kashia. Et ce soir, son ami Paul est passé au pub, m'a laissé une boîte de chocolats pour elle...Ce type est gentil et je pense que l'autre en profite bien...

Hier après-midi je suis partie à la découverte du centre ville. Vers Covent Garden, un quartier qui m'avait laissé un bon souvenir. Un marché couvert, des cafés, des ruelles comme j'aime, des boutiques sympas. Séance shopping pour dépenser les livres gagnées à la sueur de mon front (dont un livre sur Banksy; il faudra que je lui consacre un article).

Ensuite je suis allée à Bethnal green, à l'Est. J'ai bu un verre avec Malou et ses colocs; Jason un vrai anglais que j'ai du mal à comprendre, Sam le Palestinien et Alessandro l'italien fraîchement débarqué. J'aime Londres pour ça, pour ce genre de rencontres, cette diversité...Je suis passée à l'ancien appart à mon cousin Cyril qui est dans le même quartier: j'ai récupéré son modem et ai désormais ma propre connection. C'est pas du luxe.

Aujourd'hui, boulot. Je me suis coupée (égratignée) le doigt avec la mandoline (appareil pour trancher les légumes) mais rien de grave. J'ai même pas pleuré. Puis ce soir Delphine voulait me dessiner une poupée sur le pansement...

Ce soir c'est un jour spécial en Angleterre, celui de la commémoration du gunpowder plot organisé par le révolutionnaire Guy Fawkes. J'avais oublié l'histoire, j'avais vaguement appris ça dans un cours d'anglais au collège. En gros, Guy Fowkes est leur figure emblématique du révolutionnaire...Du coup, ce soir en la mémoire du complot qu'il avait organisé contre le gouvernement il y a des feux d'artifices un peu partout. S'il ne pleut pas...

mardi 4 novembre 2008

03.11.2008


Ce soir, direction un cinéma indépendant à Trafalgar avec Delphine. On va voir la version japonaise de The ring. Je suis contente qu'on ait découvert cet endroit car la majorité des cinémas ici sont très commerciaux et seulement les grosses productions américaines sont à l'affiche. Non pas que je rejette tout en bloc mais disons que niveau diversité faudra repasser...Du coup, la culture cinématographique du british lambda est assez limitée vu que les cinémas d'art et d'essai ne courent pas les rues...

Aujourd'hui mes sept heures de travail m'ont semblé bien courtes comparées à mon « double » (à prononcer avec l'accent local) d'hier. Concrètement, un « double » signifie qu'on enchaîne deux shifts (deux services); et plus de 12h de travail un dimanche où tout le monde vient déguster son sunday roast, ce n'est pas de tout repos...
Aujourd'hui, j'ai aussi eu ma paye de la semaine. Car on est payés hebdomadairement en Angleterre, ou tous les 15 jours; ce que je trouve plus pratique soit dit en passant, comme ça il n'y a pas de fins de mois difficiles. Aussi, on a partagé, comme à la fin de chaque mois, les « tips » c'est à dire les pourboires; près de 150 pounds pour chacun. En la matière, les anglais sont plus généreux que les français et laissent facilement des pourboires.

Samedi soir j'ai bossé pour le restaurant français. Après le service nous étions invités aux 18 ans de la fille à Christina (la boss du resto). C'était marrant, la maison était remplie de polonais (Christina est polonaise; mariée à un français), de gens qui parlaient aussi bien anglais que français donc je ne saurais dire leur nationalité. Champagne, fromage et tarte tatin à foison, comme à la maison, ça fait plaisir. J'ai aussi pu constater que sur la piste de dance, les Anglais se lâchent plus; ou alors c'était dû à l'excès de boisson...

Demain je ne travaille pas et ça va faire du bien car la semaine dernière j'ai travaillé 45h et c'est un peu un choc après quatre ans de vie étudiante...

Je voudrais rester étudiante toute ma vie en fait.

samedi 1 novembre 2008

01.11.2008


Donc c'était halloween. Au pub d'en face, le Park Tavern, ils organisaient une soirée costumée. Ainsi, Kashia a pu sortir sa tenue de soubrette. Je ne l'ai pas vue maquillée, j'attends de voir les photos.

Me concernant, je suis allée dans le centre. Sur le chemin j'ai rencontré quelques gamins déguisés escortés par leurs parents. Avec Malou et son coloc Sam nous avons erré dans les rues, à la recherche de pubs animés. Ils l'étaient tous en fait. Mon masque de chat sur le nez, je ne me sentais pas seule. J'ai élu meilleur costume de la soirée un groupe de trois gars déguisés comme les loubards d'Orange Mécanique, c'est pas comme si j'étais pas fan du film.

Finalement, je pense que c'est plus les jeunes que les enfants qui utilisent le prétexte d'Halloween pour faire la fête. Comme c'est les vacances en France, c'est plein de touristes; et j'entendais souvent des congénères parler français, c'est pas drôle.

J'adore me promener dans London by night, voir les lumières de Picadilly, des théâtres et music hall, london eye... J'ai été surprise de voir que pour Halloween, craignant une affluence de population gorgée à la bière dans les rues, les autorités locales avaient anticipé en faisant installer sur les trottoirs des sortes d'urinoirs à ciel ouvert. J'ai trouvé le concept assez drôle mais plutôt sexiste...

Je prends le rythme londonien, je sors dès 20h pour rentrer vers minuit. Ca change...De toutes façons les pubs sont fermés après. L'entrée en boite coûte au moins 10 pounds et les consos ne sont pas données. J'ai envie de tester La Fabrique un de ces jours, night club londonien mondialement connu.